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L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE

INDUSTRIEL ET COMMERCIAL

Le Parlement est saisi d'un projet de loi sur l'enseignement technique, industriel et commercial, qui a pour but de donner à cet enseignement une organisation stable, cohérente et complète. Bien qu'il ne soit pas encore venu en discussion à la Chambre des députés, où il a été déposé en 1903 par M. Dubief, alors ministre du commerce, j'ai cru devoir, au cours d'une interpellation qui a pris plusieurs séances, en exposer devant le Sénat les grandes lignes et les principes essentiels, tant il importe, selon moi, d'en hâler le vote et l'application. Le Sénat m'a d'ailleurs donné raison puisque, dans la séance du 21 juin dernier, il a clôturé l'interpellation en votant à la presque unanimité l'ordre du jour suivant :

« Confiant dans le Gouvernement et prenant acte de ses déclarations,

« Compte sur lui pour hâter, devant le Parlement, la discussion du projet de loi sur l'enseignement technique, industriel et commercial,

« Et, en attendant le vote de ce projet, l'invite à favoriser de plus en plus le développement de l'enseignement technique et des cuvres d'apprentissage, en multipliant les écoles et les cours professionnels placés sous la direction du ministre du Commerce et en encourageant les initiatives privées. »

Réclamé par un mouvement d'opinion de jour en jour plus pressant, préparé par des études consciencieuses et approfondies, qui durent depuis plusieurs années, ce projet de loi apparait, en effet, comme une mesure nécessaire et urgente. Considérable en lui-même, par l'étendue et la complexité de la matière dont il traite, il prend une importance plus

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grande encore par les répercussions qu'il est appelé à avoir sur notre état social et sur l'avenir même de notre pays. J'aurais scrupule à employer des expressions qui

à pourraient être taxées d'exagération par des esprits insuffisamment avertis ; cependant, je n'hésite pas à déclarer qu'à mon avis il n'est point de question plus grave ni qui touche de plus près aux intérêts vitaux de la nation. Ce qui est mis aujourd'hui en discussion, ce n'est point simplement une réglementation sur une matière d'ordre public à laquelle l'action du législateur ne saurait plus longtemps demeurer étrangère, c'est véritablement le sort même de la France dans le monde. Notre pays voudra-t-il prendre conscience, pleinement et définitivement, des conditions nouvelles de l'existence d'un grand peuple, voudra-t-il envisager résolument la transformation qui s'opère en lui et autour de lui, voudra-t-il faire virilement l'effort nécessaire pour adapter sa mentalité et son activité aux exigences de l'évolution générale ? Telles sont exactement les questions qui se posent. Je n'en connais point de plus sérieuses, de plus passionnantes, de plus dignes de retenir l'attention du Parlement et de l'opinion publique.

Le problème à résoudre, c'est à proprement parler un problème de défense nationale, et non pas en vue de luttes éventuelles qu'une diplomatie prudente peut rendre improbables, mais en vue d'une guerre permanente, ardente et sans merci, qu'il n'est pas en notre pouroir d'éviter, que nos rivaux nous imposent chaque jour d'une manière plus ineluctable, et qui, pour pacifique qu'elle soit, n'en est pas moins en réalité tout aussi meurtrière pour le vaincu que les plus sanglantes défaites : je veux parler de la bataille économique qui se poursuit chaque jour plus vive sur le terrain de la production et des échanges. Nous sommes engagés dans la mêlée ; nous y combattons, contraints par la force même des choses, et l'issue ne paraît pas précisément tourner à notre avantage. Nous résignerons-nous à succomber et à subir un nouveau Sedan, plus désastreux encore que l'autre, car il nous ruinerait sans espoir, ou voudrons-nous, alors qu'il en est temps encore, organiser la résistance ? Cette résistance, elle n'est possible que si nous avons les armes et les troupes nécessaires,

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