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RECHERCHE DE L'ALCOOL MÉTHYLIQUE DANS LES LIQUEURS ET SPIRITUEUX

Par M. L. HOTON

Docteur ès-sciences, Inspecteur de la Fabrica ion et du Commerce des
Denrees Alimentaires à Liège

Les procédés de recherche de l'alcool méthylique dans les spiritueux sont très nombreux, mais ils pèchent le plus souvent par excès de sensibilité.

M. le prof. SCHOOFS, dans son travail sur ies Impuretés des Alcools, eaux-de-vie et genièvres fabriqués en Belgique (1), a étudié les principaux procédés et, après les avoir passés au crible de sa savante critique, il en retient trois celui de RICHE et BARDY, le même modifié par JORISENNE et celui de TRILLAT.

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Ces méthodes sont exactes et sensibles à 1 °。 près, mais elles sont longues et compliquées.

M. le professeur BRUYLANT (deuxième rapport sur les genièvres et eaux-de-vie au Conseil Supérieur d'hygiène de Belgique) base ses recherches sur le point d'ébullition des mélanges supposés d'alcool éthylique et méthylique que l'on distille en les fractionnant successivement, de telle manière que si les liquides rente: ment de l'alcool méthylique, on arrive à l'isoler et à pouvoir déterminer son point d'ébullition (66°). L'application de la méthode de M. BRUYLANT suppose un mélange des deux alcools purs, non mélangés d eau; si cette dernière condition était réalisée, point ne serait utile de distiller et de redistiller; la prise de densité du mélange des deux alcools purs indiquerait d'emblée en quelle proportion ces deux produits se trouvent dans le mélange.

Il m'a paru possible d'établir une méthode de recnerche, aussi sensible, en me basant sur l'observation de la température des vapeurs émises lors de la distillation des mélanges des alcools éthylique et méthylique. Leur point d'ébullition est de 66° et 78°; l'eau bout à 100°; les mélanges auront évidemment un point d ébullition qui sera proportionnel aux quantités pour lesquelles les trois liquides existent, mais les vapeurs émises auront une température qui dépendra 1o de la lenteur de la distillation, 2o du dispositif formé par le tube de distillation fractionnée.

Je n'ai trouvé aucun avantage sérieux à concentrer les alcools par rectifications successives et à opérer sur des produits très concentrés : j'ai trouvé que les observations se faisaient aisément en portant sur des liqueurs telles qu'elles se trouvent dans le commerce, c'est-à-dire renfermant de 20 à 40 %. V. d'alcool supposé éthylique ; enfin, ję n'ai pas poussé mes recherches plus loin que l'identification de l'alcool méthylique à la dose de 2 à 2 1/2 V.

(1) Liège, Ed: Vaillant et Carmanne 1912.

Dans la pratique, on n'a pas encore rencontré de spiritueux renfermant d'aussi petites quantités d'alcool méthylique ajouté dans une intention frauduleuse. J'estime d'ailleurs que si les méthodes de recherches doivent être exactes, il ne faut pas qu'elles pèchent par excès de sensibilité Au point de vue du sujet qui nous occupe, on pourrait citer des cas où l'application de méthodes extra-sensibles a fait prendre pour de l'alcool mélangé d'alcool méthylique un alcool qui en était parfaitement exempt.

Ceci dit, voici ma manière d'opérer: 250 cc de liqueur renfermant au moins 20 °. V. d'alcool sont mis à distiller; quand l'ébullition commence, on modère la flamme de manière à n'obtenir que 10 gouttes de distillat par minute. Cela est indispensable pour obtenir une première séparation; le col du ballon est muni d'un tube de distillation fractionnée à 2 boules (1) rempli de perles ; le thermomètre sensible au 1/5 est placé près du tube de dégagement de vapeurs.

L'observation de la température des vapeurs ne doit pas se faire dès la première condensation dans le tube de dégagement, car, à ce moment, le thermomètre n'a pas encore atteint un degré assez fixe; on constate, en effet, pendant la première demi-minute, des montées et des descentes du mercure, mais bientôt l'équilibre s'établit à quelques degrés près et c'est à ce moment et pendant les 10 minutes qui suivent qu'il faut noter la température. Voici quelques-uns de nos résultats :

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Si ce procédé suffit pour caractériser l'alcool méthylique qui aurait été ajouté à une liqueur ou à un spiritueux, il est évident qu'en cas d'expertise judiciaire, l'expert complétera son travail par les réactions d'usage; mais, dans la pratique ordinaire du laboratoire, le procédé que je préconise suffit amplement pour éliminer d'emblée les liqueurs qui ne renferment que de l'alcool éthylique. Le chiffre de 78° des premières vapeurs du liquide chauffé dans les conditions que j'indique est exclusif de la présence d'alcool méthylique ajouté dans une intention de fraude.

(1) Le tube de distillation de Lebel et Heirmgir remplit très bien cet office.

FALSIFICATIONS N° 142-143.

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A PROPOS DU POIDS NORMAL DU SACCHARIMÈTRE FRANCAIS
ET DU POIDS NORMAL DE 20 gr. (')

Par Emile SAILLARD

Professeur à l'École Nationale des Industries Agricoles

Directeur du Laboratoire d'études du Syndicat des Fabricants de sucre de France.

A la suite des travaux de MM. MASCART et BÉNARD (1889) et de M. PELLAT, professeur à la Sorbonne (1900) on avait admis en chimie sucrière que le poids normal du saccharimètre français devait être 16 gr. 29 au lieu de 16 gr. 19, chiffre admis auparavant.

On sait que le poids normal représente, avec le saccharimètre français, le poids de saccharose pur et sec, qui, amené par dissolution à 100 cc. métriques, donne à 20°, dans le polarimètre la même déviation qu'une lame de quartz à faces parallèles des 1mm. d'épaisseur, taillée perpendiculairement à l'axe principal du cristal.

Des observations, des essais que nous avions faits au Laboratoire du Syndicat des Fabricants de sucre, à partir de 1907 montraient que le poids normal de 16 gr. 29, rapporté à 100 cc. métriques est trop élevé.

Je consultai donc les rapports de M. M. MASCART et BÉNARD et de M. PELLAT et je vis que des erreurs avaient été commises dans l'interprétation des résultats et des chiffres qui y sont donnés.

Cependant je ne voulus pas m'inscrire contre le poids normal de 16 gr 29 sans soumettre la question aux auteurs des rapports.

Comme M. MASCART était décédé, comme M. BENARD n'était plus à Paris, j'allai voir d'abord M. PELLAT, professeur à la Sorbonne (il est maintenant décédé). Je lui exposai le résultat de mes observations et de mes calculs et lui indiquai, en même temps, la signification qu'on avait donnée, dans la chimie sucrière, aux chiffres de son rapport.

Et, pour qu'il restât une trace écrite de notre entretien, je lui écrivis, le lendemain 4 mai 1909, une lettre où je résumais les conciusions auxquelles j'étais arrivé.

Je lui demandai en même temps de me dire s'il approuvait ces conclusions.

Il me répondit par l'affirmative (5 mai 1909). D'après le rapport de M. PELLAT, le poids normal du saccharimètre français, rapporté à 100 cc. métriques, est de 16 gr. 265 et non 16 gr. 29; seulement M. PELLAT n'a pas tenu compte, pour faire ses calculs, du non-sucre organique contenu dans le sucre qui lui a servi pour faire ses essais. Il n'a tenu compte que des cendres soit 0,063.

Et voilà pourquoi dans mon ouvrage « Betterave et Sucrerie de

(1) Journal des Fa' ricants de sucre, mercredi 2 juillet 1919

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Betterave» paru en 1913, j'ai admis pour le poids normal le chiffre de 16 gr. 26 (au lieu de 16 gr. 265, chiffre de M. PELLAT).

J'ai publié dans le « Moniteur scientifique Quesneville » (N° d'août 1918) ma lettre à M. PELLAT laquelle lettre est du 4 mai 1909, et la réponse de M. PELLAT datée du 5 mai 1909.

En juillet 1909, j'ai écrit également à M. BENARD, le collaborateur de M. MASCART, pour le travail sur le poids normal. Il était alors professeur à la Faculté des Sciences de Lyon et je crois qu'il occupe toujours la même chaire.

La réponse de M. BENARD, réponse que j'ai résumée dans le « Moniteur scientifique Quesneville » (N° d'août 1918) a été que les résultats obtenus par M. M. MASCART et BÉNARD Concordeut avec ceux obtenus par M. PELLAT, si on tient compte des impuretés du sucre.

MM. MASCART et BÉNARD n'ont pas dosé ces impuretés. Ils ont admis que le sucre qui leur a servi pour faire leurs essais était du sucre chimiquement pur. De là vient la différence apparente.

D'autre part, le chiffre de 16 gr. 29 qui figure dans leur mémoire ne se rapporte pas à 100 cc. métriques comme on l'a admis. Il se rapporte au volume occupé par 99 gr. 916 (1) d'eau distillée à 15 degrés, pesés dans l'air, ou à 99 gr. 826 d'eau à 20° pesés dans l'air, c'est-à-dire à 100 centimètres cubes métriques 106.

A l'encontre de ce que l'on a admis et de ce que l'on admet encore, le poids normal qui ressort des travaux de M. M. MASCART et BENARD et de M. PELLAT n'est donc pas 16 gr. 29 pour 100 cc. métriques.

Il est 16 gr. 265, si on néglige le non-sucre organique du sucre qui a servi à faire les essais et qu'on ne tienne compte que de teneur en cendres, soit 0,063 °/。.

Enfin, il est de 16 gr. 26 (chiffre arrondi) si on tient compte du non-sucre total du sucre qui a servi à faire les essais.

Voilà l'origine du poids normal 16 gr. 26 que j'ai indiqué dans mon ouvrage Betterave et Sucrerie de Betterave », paru au printemps de 1913.

* * *

Depuis longtemps, on propose d'adopter pour tous les saccharimètres un poids normal unique qui serait de 20 gr. pour 100 cc. métriques à 200 e.

Inutile de rappeler ici les publications et rapports qui ont été faits à ce sujet.

La question qui se pose, tout d'abord, est de savoir si le poids normal de 20 gr. aurait plus d'avantages que le poids de 16 gr. 26.

(1) Le poids spécifique de l'eau distillée est de 99 gr. 916 à 15° et de 99 gr. 826, à 20°.

Le poids de 20gr. est en quelque sorte, un poids de transaction entre le poids normal français et le poids normal allemand et il a le mérite d'être un chiffre rond permettant des multiplications faciles. Théoriquement, il y a intérêt à ce que le poids normal soit le plus élevé possible.

L'échelle saccharimétrique occupe alors un angle plus grand sur la graduation polarimétrique et on peut arriver à une plus grande précision pour faire les lectures. D'autre part, la prise d'essai étant plus importante, elle peut représenter plus facilement un échantillon fidèle du produit à analyser.

Pratiquement, ces avantages disparaissent le plus souvent.

Les dosages de sucre que l'on a à faire dans les sucreries, avec le polarimètre-saccharimètre, portent, en effet, sur des produits qui diffèrent les uns des autres par leur nature, leur couleur, etc...

On a à doser le sucre dans les betteraves et les cossettes fraîches de betteraves, dans les jus, sirops et masses cuites, dans les sucres, dans les mélasses, etc..

a) Dosage du sucre dans les betteraves, les cossettes de betteraves

Pour le dosage du sucre dans la hachure ou la râpure de betteraves, par la méthode de digestion aqueuse à chaud (Méthode de double digestion DEGENER-SAILLARD (1) ou méthode à volume constant), il ne faut pas que la prise d'essai soit trop élevée, sinon la pulpe après s'être gonflée, occuperait trop de place dans le ballon par rapport au liquide qui l'entoure et cela pourrait gêner dans le ballon les mouvements de convection, de mélange pendant le chauffage.

Il ne faut pas non plus que la prise d'essai soit trop faible pour 100 cc., car on tombe alors dans l'inconvénient des fortes dilutions.

En Allemagne, on n'emploie que la moitié du poids normal allemand pour 100 cc (soit 26 gr. de hachure ou de râpure pour 200 cc).

Donc, dans ce cas, le poids normal allemand est trop fort.

Il est trop fort également quand on fait ce même dosage par la méthode SACHS-LE DOCTE. (Méthode à poids constant).

A partir d'une certaine limite, celle-ci perd en effet de sa précision, à mesure qu'on augmente le poids de la prise d'essai par 100 cc. Il ne faut pas non plus que la prise d'essai soit trop faible.

KAISER (1891) et LEWENBERG (1892), qui sont les initiateurs. de la méthode SACHS-LE DOCTE, et de la méthode HERZFELD conseillaient d'opérer sur le poids normal allemand pour 100 cc (soit 52 gr. 096 pour 200 cc.). Il vaut mieux employer moins de râpure ou de hachure par 100 cc (2).

Donc, quand il s'agit de doser le sucre des betteraves par l'une

(1) Voir Moniteur Quesneville n° de septembre 1916 page 197.

(2) ÉMILE SAILLARD Moniteur scientifique Quesneville n° de septembre 1916 et mai 1917,

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