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Knatschke, épris de projets perfides. Que les étrangers des deux mondes soient dupes de ce programme d'une Alsace libre, peut le regretter, mais non s'en étonner. Les Français du moins devraient être éclairés et connaître les dessous de cette campagne autonomiste, surtout s'ils appartiennent à groupements à devise régionaliste.

des

prise

Voilà ce que pense l'Alsace fidèle. Voilà ce que dit l'organe le plus qualifié du sain régionalisme alsacien. La thèse de l'Alsace libre telle qu'elle est repar certains en Alsace est une thèse allemande. Hélas ! l'emploi de telles formules est de nature à desservir une cause qui n'a cessé de rallier en troupes, chaque saison plus nombreuses, les élites les plus saines de la nation.

Le régionalisme était sorti de la guerre singulièrement grandi. Sa doctrine d'amitié nationale correspondait au besoin d'union des Français; l'attachement qu'il proclamait à la terre et aux morts paraissait plus fort encore de ce que les Français avaient mesuré la puissance de cet attachement; dans le désarroi économique, le régionalisme apparaissait comme un sûr la veille des élections législatives, les grands partis lui moyen d'ordre par l'organisation des forces locales. A avaient fait place dans leurs programmes; les partis de l'ordre y voyaient un moyen d'équilibre, les parà une conception du communalisme dont ils ne s'étaient tis d'extrême gauche eux-mêmes s'assuraient fidèles que trop écartés. Les milieux de la production applitions de leurs métiers (unions économiques régionales, quaient le régionalisme dans les nouvelles organisarégions économiques, créées par M. Clémentel; prochaines Chambres régionales d'agriculture). Le président de la République assurait de son attachement à

ces idées. Tour à tour, deux cabinets présentaient des projets de réforme administrative.

Tout cela va-t-il être gâché, ce bel avenir compromis par quelques manifestations déplacées ?

Dans certaines régions la crise peut être aiguë. On sait l'œuvre admirable entreprise en Bretagne par le doyen Dottin, de la Faculté des lettres de Rennes, et ses collaborateurs. L'Etat ayant refusé à la langue bretonne l'entrée au lycée, alors qu'il avait accordé à la langue d'oc cet honneur, des municipalités créèrent des cours de breton. Est-ce que quatre séparatistes bretons à qui la parenté avec l'Irlande tourne la tête, vont compromettre ce bel effort organisateur ? Nous nous refusons à le croire. Et cependant, les adversaires du régionalisme breton vont avoir la partie belle contre M. Tuizan, M. Dottin et même M. Léon Bérard qui avait promis à M. Tuizan (et à l'abbé Lemire) de fixer les modalités d'entrée de la langue bretonne dans les établissements publics d'instruction.

Les campagnes sont menées ici et là par des personnages peu intéressants. Comme l'a rappelé l'Alsace française, c'est le professeur Knatschke qui réclame « l'Alsace libre », et c'est la caisse du Reich qui paie la musique. La médiocrité des séparatistes bretons correspond au peu de valeur de leur thèse. Mais que penser quand on voit le nom de Mistral mêlé à des réclamations déplacées? Il y a parmi les méridionaux qui ont demandé « l'Alsace libre » des noms de nationalistes français du Sud-Ouest que l'on est très surpris de trouver au bas de cette formule.

Le régionalisme a un passé et un sens national. Certains ont pensé qu'il était plus prudent d'abriter leurs aspirations sous un terme moins précis ; dédaignant,

souvent avec quelque superbe, le régionalisme, ils se sont déclarés fédéralistes. Ici c'est une autre histoire.

Il ne nous appartient pas de définir le fédéralisme et d'en montrer les frontières; c'est le régionalisme qui nous occupe et que nous voudrions préserver d'interprétations faussées. Mais on nous permettra cependant une remarque sur le camarade vocable : fédéra

lisme.

Les fédéralistes se réclament de Proudhon. A l'occasion d'une récente édition du Principe fédératif par M. Charles-Brun, nous avons touché un mot de la question. Elle nécessite qu'on y revienne. Rien n'est plus divers que la petite armée qui se réclame de

Proudhon.

M. Frédéric Amouretti et M. Charles Maurras ont signé le premier manifeste fédéraliste, il y a trente ans. Ce sont des amis de M. Charles Maurras qui ont fait le Cercle Proudhon et ses Cahiers; ce sont de jeunes disciples du directeur de l'Action française qui dirigent dans Lyon l'intéressante Revue fédéraliste. Le propre secrétaire de Ch. Maurras, le regretté Henri Cellerier, disparu dans la grande guerre, avait réuni ses notes de fédéraliste monarchiste sous le titre La Politique fédéraliste ; cet ouvrage, paru à la fin de la guerre, épouvanta les censeurs, vigilants gardiens du régime, qui y firent des coupes sombres et bien

déplacées.

Mais voici en face le groupe Bouglé. M. Bouglé, professeur en Sorbonne, est, on le sait, auteur d'un Proudhon et notre temps, avec MM. Guy Grand, Manuel, Berthod, Angé-Laubé, W. Aradil, RogerPicard, Pironet, Puech. Ces messieurs veulent Proudhon pour eux seuls. On se souvient de leurs bulles

d'excommunication dans la Grande Revue, où siégeait leur orthodoxie. M. Maxime Leroy, dans le Progrès civique, a écrit qu'« il y avait abus de la part des néo-royalistes à revendiquer Proudhon comme un de leurs maîtres. Cet homme de la raison, de la justice, de la liberté, le théoricien du gouvernementcontrat a eu en horreur la monarchie proprement dite, comme il a eu en horreur notre démocratie, avatar de la monarchie au seuil du régime contractuel qui est dans notre voeu». On devine ce que les fédéralistes néo-monarchistes répondent à M. Leroy...

La discussion entre les deux groupes porte sur l'ensemble des théories proudhoniennes. Mais elle se resserre sur le terrain fédéraliste. On connaît l'interprétation qu'en ont donnée Charles Maurras et Henri Cellerier. D'un autre côté, M. Jean Hennessy, qui préside une Société Proudhon, a contribué à faire créer à l'école de droit un institut d'études internationales où Charles-Brun, fédéraliste de la première heure (comme Ch. Maurras), traite chaque semaine de Proudhon et du fédéralisme international. L'esprit dans lequel Charles-Brun donne ses leçons a été précisé au cours d'un banquet à lui offert, et où M. Ferdinand Buisson a étendu fort loin les limites du fédéralisme proudhonien. Nous ne l'y suivrons certes pas.

On peut mesurer l'étendue de la discussion, les interprétations radicalement différentes qui sont données de la pensée du vieux maître. Qui reconnaîtrait-il pour les siens, s'il reparaissait aujourd'hui ? C'est aux docteurs du fédéralisme à le dire. Nous n'en sommes point.

Mais, par contre, si l'on veut bien nous accorder quelque connaissance de la doctrine régionaliste, nous

que

dirons qu'elle a des ambitions beaucoup moins étendues. Ce que veulent les régionalistes patriotes, c'est décongestionner l'Etat centralisé, reconnaître et animer les foyers régionaux, faire rester, avec ses libertés, l'Alsace dans l'unité française, assurer à la vie française des bases naturelles et rationnelles, faire bénéficier l'organisation de l'Etat de la lassitude des relles politiques et du besoin de coopération des intérêts régionaux. Tout cela dans le cadre de la patrie, dans un ardent souci de paix intérieure et d'amitié nationale. Les régionalistes patriotes laissent aux fédéralistes internationalistes les grands desseins et les vastes pensers. Aménager et féconder le sol natal, la terre nationale, paraît à leurs intelligences et à leurs activités un but assez noble, et suffisant.

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